La rencontre clinique au prisme de la psychanalyse
Dispositifs et outils thérapeutiques pour la souffrance aujourd’hui
On assiste aujourd’hui à une remise en question des spécificités voire de la pertinence du référentiel psychanalytique en psychologie clinique, et à une dilution corrélative de la notion de clinique elle-même. La diversification de ce qui est devenu un marché des psychothérapies impose en effet de se recentrer sur la rencontre clinique et de penser comment le paradigme psychanalytique en psychologie permet de l’appréhender et de la travailler.
La spécificité de ce paradigme tient à ce qu’il continue encore aujourd’hui à soutenir le caractère asymétrique de l’échange déployé dans la rencontre – asymétrie qui conditionne le déploiement du transfert et des formations de l’inconscient qui l’accompagnent. Car ce dont il s’agit au fond pour le sujet, à l’occasion de la rencontre avec un thérapeute toujours singulier, c’est de venir à la rencontre de son propre inconscient, lieu par excellence de l’altérité – comme dans l’amour, qu’André Breton définissait comme « rencontre avec quelqu’un qui nous donne des nouvelles de nous-même ».
Une série de questions ouvertes s’ensuivent. Que peut signifier une rencontre thérapeutique référée à la psychanalyse aujourd’hui – notamment à une époque où se multiplient les références au paradigme dit “intégratif” souvent présenté comme une boîte à outils adaptée à la singularité du patient ? Comment la diversité des configurations subjectives mais aussi sociales et culturelles exigent-elles de penser les conditions de possibilité d’une rencontre, du côté des dispositifs et médiations thérapeutiques mais aussi des métacadres dans lesquels ceux-ci s’insèrent ? De quelle manière les savoirs ou discours additionnels engagés dans une rencontre peuvent-ils être mis en perspective ou subvertis pour maintenir sa possibilité ? On peut penser aux contextes cliniques où des problématiques à une dimension organique (démence, etc.), ou bien des difficultés pour mobiliser les moyens de communication usuels, doivent être prises en compte sans obérer l’échange interpsychique qui conditionne tout effet thérapeutique. Ou à la virtualisation de l’interlocuteur, depuis l’explosion de l’utilisation de l’IA par les patients jusqu’à la tentation du remplacement total des thérapeutes par des chatbots.

